4 Janvier 2019
Georges Dubrocq est un explorateur, écrivain et poète Français qui en 1913 publia un livre retraçant son voyage en Moselle Alsace annexée. Il passa par le Saulnois et Vic en particulier et avait écrit ceci à propos de la cité.
Faisons le tour de ses découvertes.
Je note que la légende du portail Sud de l'église se rapporte, d'après lui, à Saint Gall., que les filles sont jolies, les Vicois détestent les Castelsalinois et bien d'autres choses encore........
L'intégralité du récit à retrouver sur le site de la BNF en lien joint
"......Nous sommes arrivés, à la nuit tombante, à Vic. Cette petite ville est un enchantement. Elle conserve plusieurs monuments et des souvenirs de l'époque où les évêques de Metz l'ont habitée, exil qui dura plusieurs siècles.Sa vieille église à souffert pendant la révolution et les épitaphes que les bourgeois de la ville se plaisaient à faire graver sur les murs extérieurs du moutier ont été stupidement mutilées. C'est bien dommage car elles étaient d'un excellent style. Un petit portail, finement sculpté, a été heureusement épargné. On y voit saint Gall, disciple et compagnon de saint Colomban, apprivoisant des ours, bénissant des chevaliers qui partent à la croisade et prêchant son couvent. C'est un bon morceau de sculpture naïf et d'un anachronisme touchant. Comme le moyen âge savait exprimer sa pensée en peu de traits. Quant aux ours, ils ne sont peut être qu'une figure, les disciples de saint Colomban ayant évangélisé la Germanie.
J'ai remarqué aussi dans l'église (et quelle charmante église, aux arcs surbaissés, où la prière doit monter aisément comme dans une église bretonne), un saint Yves extrêmement élégant, très élancé dans sa houppelande flottante. Les avocats, au quinzième siècle, ne s'affublaient donc pas du ridicule costume qu'ils ont adoptés de nos jours.
Les demoiselles de Vic ont une réputation de beauté ; leurs yeux sont vifs, leurs joues vermeilles, elles ont la taille bien prise, elles portent gentiment la coiffe nationale. L'empereur le leur a dit dans une récente visite. Quelques profils entrevus dans le fente d'une persienne nous ont permis de comprendre pourquoi les habitants de Vic n'ont aucune envie de quitter leur petite ville.
Il règne dans cette contrée un patriotisme urbain des plus drôles. Vic méprise Château-Salins, la sous-préfecture et Marsal, une ruine. Vic ne croit qu'en lui même, en sa jolie rivière, en son vignoble, en sa grand'place où, le soir, un café est ouvert jusqu'à minuit, en ses demoiselles dont les charmes font le bonheur de Vic. Ces philosophes sont parfaitement heureux.
La Monnaie de Vic, trop savamment restaurée l'an dernier, est une curieuse maison gothique; les sculptures en sont un peu lourdes. Je leur préfère l'exquise figure de Vierge en pierre, à demi enchâssée dans le chevet de l'église, où je distingue mieux la finesse et la douceur lorraines.
M.Lamy, conseiller général, a installé dans la Monnaie de Vic, un musée local. Les sceaux de la ville, les monnaies épiscopales, les meubles lorrains commencent à le garnir. La famille d'Hoffelize, alliée aux O'Gorman de Nancy, a fait jadis construire cette demeure. Les archéologues discutent pour savoir si l'évêque a battu monnaie ici ou plus loin. Tout cela est bien superflu. Le principal est qu'il existe un musée lorrain à Vic, que les habitants y viennent, que ces souvenirs nationaux les ancrent de plus en plus dans la pensée qu'ils sont avant tout Lorrains particularistes et résolus à ne pas se laisser absorber.
M.Lamy représente bien ce type Lorrain têtu, plein de bonhomie, de rondeur et d'une merveilleuse diplomatie. Il fallait voir sa figure réjouie, fine et moqueuse, quand il nous expliquait les revendications de la Lorraine....
..........Un charme du paysage, en ce moment, est la cueillette des houblons. Les alentours des communes sont garnis d'une forêt de lances sur lesquelles s'enroule la jolie plante légère. Tout le village est occupé à dépiquer ces lances, à les dépouiller de leurs lianes. Une odeur grisante monte de ces champs piétinés. La grande coiffe monacale des paysannes lorraines, la hâlette, prête à tous les travaux rustiques une grâce, une noblesse incomparables.
Rien n'égale la beauté d'un fond de vallée sur lequel l'ombre du soir descend. Les faneuses sont encore à l'ouvrage; on les voit soulever d'un geste gracieux le râteau chargé de foin.Comme la journée est belle, toute la maison est aux regains, bien que ce soit dimanche. Les filles ont des tabliers blancs, les hommes une blouse propre. Quand les chariots volumineux forment la pyramide, on hisse sur le sommet du tas les fillettes, les enfants, et le cortège triomphant descend la grand'route et gagne une petite ferme isolée sous de vieux saules.
J'aime toujours voir le soir tomber sur un paysage lorrain. Les forêts s'éclairent déjà de taches d'or qui se reflètent dans les étangs. Comme cette terre recueillie invite à la rêverie ! Comme le bon sourire des petites filles qui ressemblent à nos vierges gothiques, avec leurs beaux yeux éclatants ou malins, est réconfortant.
Sources : Galicia, BNF
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1026993/f2.item